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Djerba au patrimoine mondial de l’UNESCO : ce que l’inscription reconnaît

L’île est inscrite au patrimoine mondial pour une façon d’habiter un territoire, pas pour un monument. Ce que l’UNESCO a retenu, ce qui est protégé et ce que cela change pour une visite.

La mosquée Fadhloun à Djerba : murs blanchis à la chaux, contreforts massifs et petit minaret, sous un ciel bleu.
Photo : Rais67, domaine public (CC0), via Wikimedia Commons (nouvelle fenêtre)
Écrit par
Rédaction Yalla Djerba
Écrit le
Mis à jour le

Quand on parle de Djerba au patrimoine mondial, on cherche d’abord un monument. Il n’y en a pas : l’UNESCO a reconnu la manière dont les habitants ont occupé l’île, pendant des siècles, dans un milieu où l’eau manque. Savoir cela change ce que l’on regarde en s’y promenant. Ce guide reprend ce que dit la fiche officielle, puis ce qu’elle protège, et ce qu’elle admet de fragile.

Ce que l’UNESCO a inscrit

Le bien porte le nom de « Djerba : témoignage d’un mode d’occupation d’un territoire insulaire ». Il est inscrit au titre du seul critère (v) : la fiche y voit un exemple éminent d’organisation spatiale fondée sur un peuplement dispersé. L’inscription date de 2023 : le Comité du patrimoine mondial l’a prononcée à sa 45e session, le 18 septembre 2023 selon Wikipédia.

La fiche le décrit comme un bien « en série » : il ne forme pas un seul tenant, mais un ensemble d’éléments répartis sur l’île. Il couvre environ 5 460 hectares, entourés d’une zone tampon d’environ 21 328 hectares (fiche n° 1640 du Centre du patrimoine mondial, lue le 13 octobre 2026 (nouvelle fenêtre)).

Un habitat dispersé, ni tout à fait urbain ni tout à fait rural

Selon la fiche, ce schéma s’est formé autour du IXe siècle et a évolué jusqu’au XVIIIe. Sa caractéristique principale est la faible densité : l’île était découpée en quartiers regroupés, économiquement autonomes, reliés entre eux et aux lieux de culte et de commerce par un réseau de routes.

Les mots à connaître pour lire l’île :

  • le menzel : le domaine familial, qui réunit le lieu de vie et les activités économiques de la famille ;
  • la houma : le quartier, composé de plusieurs menzel, qui accueillait des activités agricoles et artisanales ;
  • le houch : l’unité d’habitation d’un menzel, de forme massive, sans ouverture sur l’extérieur et flanquée de tours d’angle ;
  • le système menzel-houma, que la fiche présente comme typique des Ibadites ;
  • à côté, des ensembles plus denses de type urbain : des quartiers résidentiels habités par les communautés juives, et le quartier du marché, consacré aux échanges.

La fiche y voit une relation symbiotique entre des communautés de cultures et de confessions différentes, qui ont coexisté paisiblement et adapté leur mode de vie à un environnement pauvre en eau.

Des mosquées pensées comme une ligne de défense

La fiche insiste sur l’orientation défensive de l’île, qu’elle explique par une insécurité permanente. Les mosquées en portent la marque : formes trapues, façades percées de meurtrières, terrasses crénelées. Elles étaient souvent des lieux de refuge et de résistance.

  • Plusieurs mosquées jalonnent le littoral, à portée de voix les unes des autres : une première ligne de défense et de surveillance.
  • D’autres, fortifiées et massives, forment une seconde ligne, en arrière.
  • D’autres encore, parfois troglodytiques, étaient dispersées à l’intérieur des terres et servaient surtout de refuge.

Cette lecture explique pourquoi les mosquées de Djerba ressemblent plus à de petites forteresses qu’à des édifices de prière monumentaux.

Le bien en chiffres

Djerba, bien du patrimoine mondial : les chiffres de la fiche — relevé le
PointCe que dit la fiche
Année d’inscription2023
Critère(v) : exemple éminent d’organisation spatiale fondée sur un peuplement dispersé
Superficie du bienenviron 5 460 hectares
Zone tamponenviron 21 328 hectares
Monuments inclus dans le périmètre24, dont 8 classés monuments historiques nationaux
Sites du bien7 : 5 de type rural, 2 de type urbain (Houmt Souk et Hara Sghira)

Source : Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, fiche n° 1640 (lue le 13 octobre 2026)

Ce qui est protégé, et ce qui ne l’est pas encore

La fiche décrit une protection juridique qui repose sur plusieurs textes : le Code du patrimoine, le Code de l’urbanisme, la loi sur les terres agricoles, et pour le littoral la loi sur le domaine public maritime. Elle précise l’état des choses à la date de l’inscription :

  • sur les 24 monuments du périmètre, 8 bénéficient d’une protection juridique au titre de monuments historiques nationaux ; un processus est en cours pour les autres ;
  • les 7 sites doivent faire l’objet d’un décret créant des aires protégées ; parmi eux, des portions du centre historique de Houmt Souk et les vestiges du quartier résidentiel de Hara Sghira.

Ce que la fiche reconnaît de fragile

L’UNESCO ne présente pas le bien comme intact. Parmi les points que la fiche relève :

  • l’intégrité est jugée globalement conservée, mais « fragile » ; elle a été compromise pour certains éléments pris individuellement, par l’essor du tourisme, l’évolution des modes de transport et d’habitat et l’abandon partiel de l’agriculture ;
  • l’authenticité des houma est entamée par la division des parcelles ; quelques menzel seulement assurent encore leur fonction d’origine, beaucoup servent de résidences secondaires ;
  • les mosquées sont, pour la plupart, régulièrement restaurées, mais ont perdu leur rôle de centre communautaire, d’école ou de poste de surveillance ;
  • dans les ensembles de type urbain, la fiche observe un processus de gentrification : des espaces résidentiels transformés à des fins touristiques.

Avant de visiter

On ne « visite » pas Djerba au patrimoine mondial comme un site clos : le bien est dispersé, souvent vivant, et certains éléments sont des lieux de culte ou des propriétés privées. Pour repérer ce qui se voit, deux entrées :

Pour dormir dans l’esprit des lieux, certaines maisons d’hôtes occupent d’anciens houch : voir où dormir à Djerba.

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent sur Djerba et l’UNESCO.

Depuis quand Djerba est-elle inscrite au patrimoine mondial ?

Depuis 2023. La fiche de l’UNESCO indique cette année d’inscription ; selon Wikipédia, le Comité du patrimoine mondial l’a prononcée le 18 septembre 2023, à sa 45e session.

Pourquoi Djerba est-elle inscrite ?

Pour un mode d’occupation du territoire : un habitat dispersé de faible densité, formé entre le IXe et le XVIIIe siècle, adapté à la rareté de l’eau, où des communautés de confessions différentes ont coexisté. C’est le seul critère retenu, le critère (v).

Toute l’île est-elle classée ?

Non. Le bien est un ensemble d’éléments répartis sur l’île, sur environ 5 460 hectares, entouré d’une zone tampon. L’île entière relève toutefois d’un haut niveau de protection par le Code de l’urbanisme, selon la fiche.

Peut-on tout visiter ?

Non : le bien comprend des monuments, des quartiers, des lieux de culte et des propriétés privées. Seuls certains éléments sont ouverts aux visiteurs, à des conditions propres à chacun.

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